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La fonte des intérêts

17-10-2016 - 11:3127-10-2016 - 22:47

7m15s

La fonte des intérêts sur les comptes d'épargne est la triste réalité avec laquelle nous vivons actuellement.

De petits débats sont organisés ça et là pour en parler, souvent enduits de langue de bois, souvent martelant un message lénifiant vide de sens mais fait de mots savants qui laissent la majorité sur la touche.

Alors, voyons la réalité des débats, sans faux-fuyants, en utilisant des exemples concrets sous forme d'action-réaction.

D'abord la BCE (Banque Centrale Européenne) fait effectivement usage des taux d'intérêts pour influencer la reprise économique. L'idée étant la suivante : à travailler avec des taux d'intérêts plancher, voire des taux d'intérêts négatifs, la BCE n'encourage pas les banques à effectuer des dépôts sur ses comptes car chaque dépôt coûte finalement de l'argent à la banque qui le fait. La BCE espère ainsi que les banques, découragées par les intérêts négatifs, trouveront finalement des moyens alternatifs pour se rémunérer, notamment via l'octroi de crédits à l'économie réelle, des crédits qui viendront financer des projets d'avenir. Ce soutien aux banques s'organise non seulement de manière punitive (taux d'intérêts négatifs) mais aussi par l'encouragement : si les banques peuvent effectivement prouver qu'elles financent l'économie réelle l'argent qu'elles empruntent à la BCE ne leur coûte rien.

Cette situation porte certains à déclarer que les banques sont bien en peine de trouver aujourd'hui, dans l'économie réelle, les projets à financer, tel le porte-parole francophone de Febelfin, Rodolphe de Pierpont (émission La Première du 22/08 vers 18:00). De qui se moque-t-on ? La réalité est autrement surprenante et double au moins.

Tout d'abord les banques n'ont plus prêté l'argent dont l'économie réelle avait besoin pour financer ses projets (depuis 2008, toutes les entreprises se plaignent des énormes difficultés qu'elles ont à faire financer leurs projets). Depuis, en réaction, l'économie réelle a appris à se passer du financement des banques et d'ici que la confiance lui revienne, il se passera encore un certain temps ou un temps certain. En résumé de ce premier point : le monde financier, depuis 2008, ne prête que très difficilement aux entreprises et c'est … un entrepreneur qui vous le dit ! Il ne doit donc pas s'étonner ce fameux secteur financier qu'en retour les entrepreneurs désertent les banques : ce n'est que la réponse du berger à la bergère !

D'autre part, – et c'est ici bien plus insidieux – le processus d'examen des projets n'est plus centré sur une étude détaillée des fondamentaux des projets à financer mais seulement sur des ratios financiers d'où l'humain est (majoritairement) absent : ce sont des programmes informatiques qui jugent de la validité des projets, sur base de ce que les ordinateurs peuvent absorber, des chiffres et uniquement des chiffres, et leurs conclusions sont alors présentées aux soumissionnaires par des fonctionnaires incompétents qui ne font qu'ânonner ce que les tableaux concoctés par de stupides machines leur dictent, et croyez-moi que s'il est très à la mode de parler d'Intelligence Artificelle, je n'en ai pas encore vu à l'oeuvre dans les banques de la place. Je suis en train de vous dire que les conclusions mollardées par les machines ne sont pas nécessairement décoiffantes et que de telles conclusions ne sont alors que transmises par la voix d'un employé, certes diligent mais peu inspiré. Même la simple évaluation du passé de la relation bancaire n'entre quasiment plus en compte dans l'octroi d'une décision favorable ! Pourquoi ? Simplement parce que cela n'a pas été développé dans les stupides programmes (c'est un informaticien, spécialisé dans le monde bancaire qui s'exprime). Voilà la triste réalité de la banque d'aujourd'hui, un secteur qui n'a pas pu s'adapter au monde dans lequel nous vivons et qui disparaît dès lors doucement du paysage, du moins sous sa forme actuelle. En résumé du second point, ce qui clôture donc la réalité double dont je parlais : il n'y a plus de pilote dans l'avion; il n'y a plus que de stupides programmes qui dirigent les décisions soi-disant prises par des comités crédits; les programmes en question ne jugent nullement de la validité des projets qui sont présentés : ils se contentent de donner une appréciation de l'entreprise qui présente le projet (ce qui n'est, soyons de bon compte, pas totalement infondé) et plus rien n'est plus dit concernant le projet.

Au passage, je viens de vous entretenir de la capacité des banques à s'adapter. Je viens aussi d'affirmer que la banque, telle que nous la connaissons, est en train de disparaître. Il faut apporter des évidences pour pouvoir soutenir de telles affirmations. Bien, si vous doutez de ces affirmations, il suffira peut-être d'étudier les plans de délestage que les banques connues de la place sont en train de mettre en route ou de comparer les resserrages budgétaires en cours auxquels elles s'attèlent. Parlons dès lors des plans d'ING de se séparer d'une nouvelle partie de son personnel. Parlons de Deutsche Bank, si vous le voulez bien ! Parlons de BNP Paribas Fortis. Parlons … ben on peut parler de toutes les banques. D'ailleurs c'est ce qu'a fait Le Figaro le 9 janvier dernier en titrant "Les banques ont supprimé 600.000 emplois dans le monde depuis 2008", le tout épinglé suite à un article de Bloomberg: Half a Million Bank Jobs Have Vanished Since 2008 Crisis: Chart. Voyez chez AXA qui indique prendre en location complémentaire l'immeuble Marnix (En face de la Place du Trône, nous prendrons en location complémentaire l'immeuble Marnix II (la partie arrière du siège d'ING donnant sur le parc du Champ de Mars) – Nouveau siège social - ​AXA Belgique investit dans un nouveau siège social situé Place du Trône, au coeur de la capitale de l'Europe.). Serait-ce l'indication dès 2013 d'une refonte des parties "banque" et "assurances" d'AXA avec un rapprochement d'ING ? Alors vous savez je ne crois pas que mon affirmation comporte la moindre exagération. D'ailleurs, allez parler à un employé chez ING ou chez BNP, et vous verrez ce qu'il pense de sa merveilleuse entreprise ! La cause est entendue : la banque, telle que nous la connaissons, disparaît ! Point à la ligne !

Mais revenons un instant sur les projets qui sont présentés et la façon qu'ont les banques d'y répondre (je ne peux absolument pas encaisser les déclarations basalmiques de Rodolphe de Pierpont, lesquelles sont empreintes de grande tromperie). Ainsi donc ce n'est plus le métier qui d'antan prévalait avec un conseiller "Entreprises" officiant dans une agence, quelqu'un qui comprenait le métier des clients et qui, en fonction de leurs besoins de financement leur proposait des solutions financières adaptées, lesquelles se traduisaient alors par des demandes de crédit qu'il allait défendre lui-même devant le Comité Crédit si nécessaire. Aujourd'hui, il n'y a plus d'intermédiaire intelligent entre l'entreprise et la banque, le fameux conseiller dont je parle. Il n'y a plus que des processus plus ou moins automatisés et qui font d'ailleurs l'objet de plus d'automatisation encore (et pas nécessairement plus intelligente). Que le conseiller Febelfin s'en remette donc à la réalité des PMEs et des TPEs, ce qui, bref rappel, constitue d'ailleurs le gros du tissu économique national, pour se rendre compte à quel point ses remarques enduites de fourberie sont éloignées de la réalité. C'est d'ailleurs cette distance qui ne fait que se creuser qui explique la relation très peu amitieuse entre le client et sa banque. Et s'il était encore besoin de revenir sur le sujet, si les banques étaient véritablement à la recherche de projets à financer sur le terrain, la BCE ne serait pas obligée de les encouranger à le faire en misant sur les intérêts négatifs.

Ensuite, voyons les conséquences mêmes de la décision de Mario Draghi de travailler sur la hauteur des intérêts. Dans le même temps qu'il espère pousser les banques à enfin re-financer l'économie réelle, il les pousse – bien involontairement selon moi, encore qu'avec Draghi plannera toujours le doute de son concubinage avec le monde financier en général puisqu'il a été, on le rappelera, vice-président de la branche européenne de Goldman Sachs entre 2002 et 2005 – à descendre les intérêts que les banques elles-mêmes consentent aux entreprises ou aux ménages. Et l'explication est toute trouvée : puisqu'on nous rémunère moins qu'avant, disent les banques (de Pierpont en tête), nous devons nous aussi répercuter cette diminution d'intérêts vis-à- vis de nos clients ! C'est efficace et percutant comme message, et d'une logique infaillible. Ceci dit on oublie de parler des presque 7 milliards de profit de BNP l'an passé (6.7 milliards précisément), on oublie la hausse de 25% du bénéfice trimestriel de la Société Générale (bénéfice en hausse mais avec nouveau plan d'économie), la redistribution aux actionnaires de KBC de près d'1 milliard sur base évidemment de chiffres qui se passent de commentaires (plus d'1 milliard de bénéfice net en 1 semestre), etc. Les banques ont le chic pour passer en revue tous les pans de l'art dramatique lorsqu'elles montent sur scène, de la comédie au drame.

Avec KBC qui propose un intérêt 0 sur les comptes d'épargne, on se dit bien sûr qu'on n'a plus qu'à placer son argent ailleurs, ou, en dernier ressort, de le retirer complètement du secteur financier en le plaçant sous son matelas par exemple. Réaction bien naturelle. Par contre, comment interpréter alors le mouvement "mort du cash" dont on nous parle de plus en plus. Soyons clairs : cela fera en sorte qu'il nous sera impossible de nous affranchir du système financier : nous serons tous obligés de détenir un compte ! Et avec un taux d'intérêt 0, notre argent perd de sa valeur avec le temps, ne fût-ce que par le simple jeu de l'inflation : nous pourrons acheter moins demain que ce que nous pourrions acquérir aujourd'hui. Le chemin de la consommation encouragée vers la consommation forcée. Ceci n'intéresse pas que les banques : cela intéresse aussi nos États qui pourront ainsi appliquer toutes les taxes possibles sur tous les mouvements d'argent qui ne pourront ainsi plus lui échapper. C'est au final de nos libertés dont il s'agit et de l'émergence d'un État policier.

Avec KBC qui propose un intérêt 0, qu'on ne nous fasse absolument pas croire, Febelfin en tête, que ce ne soit pas là le premier pas d'un alignement généralisé à l'ensemble des banques. Aller ailleurs reviendrait alors, pour Monsieur-tout-le-monde, à chou vert et vert chou ! Parlons là encore de nos libertés si vous le voulez bien ! Et de nous parler de concurrence qui en Belgique joue à fond. Mais vous venez de quelle planète Monsieur de Pierpont ?

Enfin, et j'en terminerai par là, nous avons tous lu en relief la déclaration de Didier Reynders de sécuriser les comptes bancaires jusqu'à 100.000 EUR. Au lieu de la version en relief positif, je vous propose la version en creux : tout ce qui est au-delà de 100.000 EUR, le secteur financier pourra vous le prendre s'il estime que cela lui est nécessaire. Vous pensez que j'exagère ? Détrompez-vous et suivez bien ce qui est arrivé à Chypre : Crise financière chypriote de 2012-2013 : véritable coup d'essai grandeur nature ! Comme vous êtes captifs puisque désormais sans cash, on est alors en posture de la possibilité du plus grand vol organisé de l'histoire de la Finance.

Il est temps que nous trouvions le moyen d'inventer la Banque de demain, une Banque respectueuse et respectable. Il est grand temps !

par Pat Boens

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