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Les sept vertus capitales

05-11-2016 - 23:2905-11-2016 - 23:53

J'aurais bien voulu être l'auteur du texte suivant : Les sept vertus capitales par Rudolf Rezsohazy, professeur émérite à l'UCL, publié le jeudi 06 septembre 2001. Je reproduis ci-dessous l'intégralité du texte paru à l'époque dans La Libre :

Pendant l'été, La Libre a consacré sept pages aux péchés capitaux. Je suppose que les lecteurs en ont fait leur miel. Je voudrais renverser la perspective et faire la liste des sept vertus capitales. A vrai dire, pareille liste n'existe point. C'est moi qui l'ai constituée [1] et rien n'empêche le lecteur d'en faire la sienne. 1° La générosité. Elle est l'anti-avarice. Mais elle ne s'applique pas seulement à l'argent, mais aussi à notre temps, à notre savoir ou à notre savoir-faire. Elle est symbolisée par les bras ouverts, signifiant l'ouverture à autrui, l'hospitalité, la disponibilité. Ses deux facettes sont l'accueil et le don. Je reçois et je donne. Sans rien attendre en retour. Sans penser à la réciprocité. La générosité est peut-être la vertu principale des enseignants: ce que je sais, je le partage. 2° La miséricorde. Avoir du coeur pour la misère des autres. La compassion. Il ne s'agit pas d'un discours intellectuel sur la solidarité. C'est d'abord le prochain qui m'interpelle: ne passe pas outre, arrête-toi. Agissant, la miséricorde est l'antichambre de la générosité. Derrière elle se profile la bienveillance. Je veux le bien de l'autre, je ne veux pas qu'il souffre. Le premier mouvement du miséricordieux: que puis-je faire pour vous? Notre chance face à Dieu, c'est sa miséricorde: le pardon de nos fautes. 3° Le discernement. La vertu du bon jugement et du bon choix. Comme le bon sens, le discernement est donné à tout le monde ou tout le monde peut l'acquérir avec un peu d'exercice. Je ne me précipite pas; je ne me laisse pas envahir par des passions qui pourraient obscurcir mon esprit; j'énumère tous les éléments dont je dois tenir compte; je pèse les pour et les contre; et j'arrive à distinguer le bien et le mal ou, dans des cas difficiles, le mal et le moindre mal. Le discernement conduit à la sagesse. Le Premier livre des Rois raconte que Yahvé a donné à Salomon «un coeur sage et intelligent».4° L'équité. J'ai pensé d'abord écrire «justice». Mais Victor Hugo n'a-t-il pas remarqué: «Qu'y a-t-il donc au-dessus de la justice? L'équité.» En effet, la justice sans la charité peut être rigide, voire impitoyable. Un jour, un vieil ami a illustré le dilemme ainsi: « Si l'on vous sert une chope de bière, le liquide est la justice et la mousse est la charité. Si vous avez trop de mousse, il vous manque de la boisson; si vous n'en avez pas, c'est que la bière n'est pas bonne.» Eh bien, l'équité=justice+charité. 5° La loyauté. C'est l'autre mot pour fidélité. Est loyal celui qui respecte sa parole donnée, ses engagements. L'homme ou la femme sur qui nous pouvons compter vraiment. En amour, la constance. En rapport avec quiconque, la droiture. J'ai retenu cette vertu car je pense qu'elle est «capitale» dans un monde qui change sans cesse. Le changement et l'adaptation sont hautement valorisés. Alors nous avons besoin de personnes qui ont une fermeté d'âme suffisante pour servir de référence. 6° La patience. Je préfère cette expression à «tolérance», plus prisée aujourd'hui. La tolérance me paraît trop passive. Elle est souvent utilisée pour accepter tout, admettre tout, relativiser tout. La patience exige du sang froid. Elle veut dire: j'écoute, je n'explose pas, j'attends avec espoir, je laisse faire le temps. Tout fruit a besoin de maturation. C'est ce que doivent se dire les parents dont les enfants posent problème. Ne pas «perdre patience». Avoir une «patience d'ange». La Fontaine a bien raison: «Patience et longueur de temps - Font plus que force ni que rage». 7° La persévérance. Elle nourrit la patience. Elle est le vrai courage: continuer malgré tout comme le fit Guillaume le Taciturne, persévérant même s'il n'était pas récompensé par la réussite. Persévérer, c'est-à-dire renouveler sans cesse sa volonté pour poursuivre ce que l'on a entrepris. Mais attention: les vertus sont parfois séparées d'un cheveu des défauts. La persévérance peut glisser vers l'entêtement. Le persévérant, s'il est doté de discernement, ne risque pas de devenir buté.

Je devrais parler d'une huitième vertu, l'amour. Je craignais de l'isoler dans une énumération alors qu'il est partout, il anime tout, il inspire tout, il rend généreux, miséricordieux, équitable, loyal, patient, persévérant, et il éclaire le discernement.

On m'a rapporté le livre d'un auteur américain, intitulé «Comment réussir son mariage». L'intéressé avait divorcé trois fois. Je ne sais pas s'il a écrit son bouquin avant ou après ses séparations. En tout cas, il me rappelle le danger d'écrire sur les vertus et de les oublier soi-même...

Rudolf Rezsohazy

[1] … Ce qui n'est pas tout à fait exact car l'expression me semble apparue pour la première fois dans “Le portrait de Dorian Gray“ où il est dit que La Laideur est une des sept vertus capitales


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