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Stanley Kubrick - Eyes Wide Shut - l'interprétation de Belinda Cannone

08-01-2017 - 11:2508-01-2017 - 11:31

Tu as souvent observé combien le désir fait peur. Tu aimes ce film, Eyes Wide Shut, qui fut généralement fort mal compris, ce qui te paraît une preuve supplémentaire de la justesse du propos de Stanley Kubrick — que nous vivons yeux grands fermés sur le désir. Il y met en scène l'élan qui déborde l'amour et l'excède sans le détruire, et aussi la peur qu'il suscite. Une femme révèle à son mari aimé (aimé il l'est, nous n'en douterons jamais) qu'un jour, un bel officier croisé fugitivement fit lever en elle un si puissant désir que s'il lui avait demandé de tout quitter pour lui, elle l'aurait fait. Qu'est-ce donc que ce désir ? Le film raconte la dérive nocturne du mari qui voulant dessiller ses yeux, fait plusieurs rencontres où chaque fois le désir avoisine la mort. Femme qui lui déclare sa flamme dans la chambre mortuaire de son père, une douce prostituée dont il découvre le lendemain qu'elle a le sida, orgie de noir tendu enfin où les masques et les gestes miment une cérémonie funèbre.

On a souvent critiqué cette bacchanale dont le sens a la plupart du temps échappé. Que dit-elle si ce n'est justement que partout, et dans le lieu même ou le désir est censé se donner libre cours, la peur règne, de sorte qu'il faut ritualiser à l'extrême tous les aspects de ces heures qui auraient dû se vivre sans entrave ? Menace de ce flot prêt à balayer nos existences trop bien réglées, à nous arracher au trop lent défilement des jours. Kubrick montre le désir avoisinant la mort parce qu'il est ce qui se lève contre elle, son principe inverse. Mais c'est dire sa puissance.

in Petit éloge du désir — 214


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